mardi 25 octobre 2011

Exposition ESTOMPE /2010

                                                                                        Impression, broderie / textile





                                                                           Impression, broderie / textile








                                                               Impression numérique, fil, fusain / papier calque







                                                                  Feutre, acrylique / textile









                                                                                             Acrylique, fil, textile / plâtre





[…]

Autour d’elle, Sofie Vangor rassemble ses « membres », leur donne la caresse du pinceau, le tranchant du scalpel, le fil de l’aiguille, le chas de la souri, les allaite et leur fait prendre l’art en galerie pour les oxygéner, les divertir et les sociabiliser. Puis, sur le pèse-bébé de l’imaginaire, elle leur octroie le poids de la démesure, ce qui est, possiblement, leur pesanteur réelle, retrouvée par le biais de la création. Une fois ces démesures prises, elle leur coud une famille, greffe les yeux d’un beau-frère dans le visage d’une sœur, le cœur de l’inconnu dans la palpitation torrentielle du sang familial. Et les voilà bien entourés, choyés, ces membres du corps, chus nourrissons dans la symbolique de l’appartenance. Une vraie petite tribu impatiente que maman les inscrive dans son discours plutôt que dans une quelconque école artistique. Ce que Sofie ne manquera pas de faire en leur enseignant, non pas les figures ostentatoires et maniérées qui provoqueraient les louanges des esthètes, à reconstituer une colonne vertébrale se hissant de son enfance à nos jours. Aux psychologues qui, ici, lèveront le doigt pour signaler que les enfants procréés pour accomplir le projet des parents ne s’en relèvent généralement pas ou alors douloureusement amoindris, j’arguerai du fait que ces enfants-la, Sofie Vangor les a bien mérités et qu’ils sont plus qu’une part d’elle-même, ils sont – excusez la formulation – les pairs d’elle mère ! (Psychanalystes, à vos chaires !) Evidemment, une fois ses bébés bien nés, bien modelés, la famille adoptée, la colonne vertébrale rétablie, une fois Sofie Vangor au carré, elle leur crée un univers ad hoc, exactement à leur taille – par acquis de conscience, le pied est dans le pose-pied… –,  où les tables et les chaises tiennent lieu de jouets pour les pensées, la lingerie couleur chair ou striée de raies saumonées pendouille, vide, l’arbre est de bronze mais nu, qu’ils pourront enfin incarner et la toute habiter.  Et si d’aventure l’un ou l’autre membre se montrait rétif ou venait à se fourvoyer, il n’encourt aucun péril, le chemin du corps reste le seul indiqué : le sexe est clos et la maison est dans la main !

[…]                                                                                                                                                                                  David Besschops, 2010